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Article - Pour une clarification du débat politique sur l’emploiCet article est publié comme chapitre du livre collectif du Cercle des économistes, Politiques économiques de droite, politique économiques de gauche, Perrin, novembre 2006. En août 2006, 45% des Français plaçaient la lutte contre le chômage en tête des priorités de l’action gouvernementale, loin devant la sécurité (18%) et la lutte contre l’inflation (16%) . L’emploi est donc, sans conteste, l’objectif premier qu’ils fixent à leurs gouvernants. Traumatisés par leurs échecs passés et leur faible crédibilité, hésitant entre la recherche de marqueurs idéologiques et la quête de solutions technocratiques, les dirigeants politiques de droite et de gauche ont cependant du mal à faire de l’emploi la matière d’un débat structuré et lisible. Pourtant les polémiques n’ont pas manqué. Parfois elles ont été fortes, comme sur le contrat première embauche ; mais dans son ensemble, la droite n’a pas longtemps assumé une réforme que le gouvernement avait introduite de manière subreptice et bien vite, l’affrontement social a pris le pas sur le débat politique. Ou significatives, comme sur l’arbitrage entre revenu et temps libre ; mais la gauche, qui avait promu la réduction de la durée du travail au nom de l’emploi et pas du loisir, s’y est plus engagée par inadvertance que par conviction. D’autres ont été dérisoires : toute une partie de la gauche a cru voir dans l’instauration d’une cotisation assise sur la valeur ajoutée des entreprises la pierre de touche d’une politique authentiquement favorables aux classes laborieuses, avant que Jacques Chirac lui en vole l’idée, d’ailleurs sans se soucier de la contradiction entre l’instauration d’un nouveau prélèvement sur le capital et l’appel simultané au développement de l’investissement industriel. D’autres enfin ont mis en lumière les incohérences des deux camps. Ainsi du choix entre loi et négociation : gauche et droite partagent d’avoir appelé à la seconde lorsqu’elles étaient dans l’opposition, et d’avoir eu surtout recours à la première une fois au pouvoir. Que serait donc un débat lisible entre les deux principaux candidats ? Droite parlementaire et gauche socialiste semblent cultiver la nostalgie des temps où l’on s’affrontait modèle contre modèle, et la perspective d’une indifférenciation de leurs doctrines les terrifie d’autant plus que les candidats de second rang ne manqueraient pas de l’exploiter. Cependant les avancées de la connaissance ont progressivement vidé de contenu les conflits sur le fonctionnement de l’économie. Bien entendu, les controverses entre économistes ne sont pas éteintes et les coupures usuelles (keynésiens et classiques, libéraux et interventionnistes, etc..) persistent. Elles continuent d’être le sel du débat professionnel. Mais elles ont perdu leur caractère absolu et offrent désormais aux positionnements politiques un terrain incertain. Il y a un quart de siècle, un politique pouvait de bonne foi faire d’une doctrine économique un élément de son identité. Aujourd’hui les économistes partagent peu ou prou la même boite à outils et leurs débats sont jalonnés de travaux qui, s’ils relèvent de telle ou telle orientation, sont in fine tous intégrés au corpus commun de références. Sauf à être lui-même expert, le candidat qui s’identifie à une école a toute chance de s’identifier à ses erreurs. Le débat politique n’a rien à gagner à se faire l’otage de chicanes de séminaire. La politique n’est pas pour autant vouée à se fondre dans la technocratie. Il lui reste, pourrait-on dire, l’essentiel : plutôt que les différends sur les modèles, qui appartiennent au débat scientifique, ou sur les instruments, qui relèvent des experts et de l’administration, les grands arbitrages, les choix sociaux que l’analyse est impuissante à trancher et qui sont l’apanage du débat politique et social. Une comparaison des modèles sociaux européens montre d’ailleurs que ceux-ci ne se distinguent pas par leur seule efficacité. Certains, bien sûr, permettent d’atteindre des taux d’emploi élevés, et d’autres pas. Sur cette dimension d’efficacité, il faut rechercher le consensus. Mais une seconde coordonnée est tout aussi importante, qui ordonne les modèles au regard de l’équité. Coexistent ainsi, pour chaque niveau d’efficacité, des modèles plus ou moins équitables - et plus ou moins coûteux (Sapir, 2005). C’est sur le choix entre ces modèles, sur les arbitrages qui les sous-tendent, que devrait porter le débat politique. Encore faut-il que ces arbitrages - ces trade-offs, comme disent les économistes - soient posés. Cela devrait, précisément, être la fonction des grands rendez-vous électoraux. En 2007, trois de ces arbitrages mériteront d’être discutés et tranchés. Ils portent sur le choix entre revenu et temps libre, sur entre emploi et justice sociale, entre individualisation et socialisation du risque économique. |